Portrait de femme (The portrait of a Lady)

Déçu, déçu, déçu !*

Mon Dieu !*

(* en "guignol" dans le texte).

Mais où est donc passée la réalisatrice de La leçon de piano ?

Pourtant, sur le papier, cela aurait pu marcher : Nicole Kidman, qui joue Isabel Archer, jeune américaine résolument indépendante qui refuse les plus beaux partis parce qu'elle veut d'abord vivre sa vie, c'est on ne peut plus crédible.

D'ailleurs, au début, on y croit : on pense trouver en Isabel une femme de tête, intelligente et sensuelle, et sa rencontre avec son aînée, Mme Merle (Barbara Hershey), qui semble tout aussi indépendante, bien que plus désabusée, nous laisse entrevoir une possible initiation, une complicité entre les deux femmes, une sorte de "laissez-moi vous faire part de mon expérience pour vous éviter de tomber dans les mêmes travers que ceux que j'ai connus"...

On commence à tiquer lorsque l'on nous montre cette même Mme Merle et son ex-amant Mr Osmond (John Malkovich) esquisser un remake de Les liaisons dangereuses ; on se demande alors si l'on ne s'est pas trompé de salle, mais non, c'est bien le film de Jane Campion, d'après le roman d'Henry James.

Mais on est carrément atterré lorsque, usant de l'ombrelle de la belle comme d'un disque hypnotique, l'infâme "Valmont" la fait tomber dans ses filets, et ce, si facilement qu'on en vient à douter d'avoir bien compris ce qu'Isabel pense du mariage : souvent femme varie, mais quand même !

Ou alors, c'est qu'on va nous montrer le pourquoi de cette volte-face, car pour l'heure, on n'y croit pas : y aurait-il une attraction fatale là-dessous (après tout, nous sommes à Florence, en Italie) ?

Mais non, c'est juste pour l'épouser (No sex, please, we're english !), éventuellement pour sa fortune, mais pas plus, que Mr Osmond a conquis (on aurait vraiment aimé voir comment !) la nouvelle Mrs Osmond.

A partir de là, tout est joué ; on espérera vainement que quelque chose se passe (qu'Isabel arrange le mariage de sa belle-fille, se rapproche de son ancien prétendant ?) mais, non : c'est du Foster sans les sentiments refoulés, du roman rose sans même les amourettes, du polar éventé (on a tout de suite deviné que la fille d'Osmond est aussi celle de Mme Merle).

Le seul qui tire son épingle de méli-mélo laborieux, c'est le cousin tuberculeux (Martin Donovan), bienveillant deus ex machina (pécuniairement parlant s'entend), dont la fin annoncée lui permet sans doute une lucidité que n'a pas eu la réalisatrice en portant le roman à l'écran.

Car bon sang, plutôt que de nous dévoiler le "complot", pourquoi ne pas s'attarder sur les raisons qui ont fait oublier à Isabel ses résolutions de femme libre ?

Pourquoi expliquer (?) aussi lourdement les motivations des personnages ?

Au contraire d'un roman, il y a des images dans un film : il faut s'en servir !

Les ellipses et les retours en arrière ne sont pas fait pour les chiens !

Bref, on s'attendait à un portrait de femme par une femme : on se retrouve avec une caricature, qui ne ferait même pas sourire un misogyne basic !